En effet, le premier Sommet africain sur l'investissement dans les semences, organisé conjointement par l'Union africaine et le Royaume d'Eswatini, est en cours du 05 au 07 octobre 2026.
Dès la première journée, les participants ont découvert les résultats du rapport 2025 de l'Indice de performance du secteur semencier africain (ASSPI). Ce tableau de bord continental mesure la solidité des systèmes semenciers nationaux et révèle un secteur à plusieurs vitesses : des politiques bien rédigées mais des agriculteurs qui accèdent encore très peu aux semences certifiées.
Au classement général, l'Afrique du Sud arrive en tête avec un score de 8,64. Elle est suivie de l'Égypte (8,13), de la Zambie (7,83), du Kenya (7,64) et du Zimbabwe (7,62). À l'autre bout de l'échelle, plusieurs pays d'Afrique centrale et de l'Ouest affichent les plus faibles performances.
Les écarts se retrouvent aussi entre les communautés économiques régionales. Le COMESA (5,26), l'EAC (5,25) et la SADC (5,14) forment le peloton de tête, devant l'IGAD (4,96), la CEDEAO (4,61) et l'UMA (4,23). La CEEAC ferme la marche avec 2,82.
Ce que les pays performants ont en commun
Quatorze pays dépassent le seuil de 6,0 : l'Afrique du Sud, l'Égypte, la Zambie, le Kenya, le Zimbabwe, l'Éthiopie, la Tanzanie, la Tunisie, le Rwanda, le Ghana, le Malawi, Eswatini, le Nigeria et l'Ouganda.
Selon les présentateurs, ils partagent cinq caractéristiques :
- un secteur privé solide dans le développement variétal ;
- un système fonctionnel d'homologation des variétés ;
- une participation du secteur privé à certaines activités de certification des semences ;
- de forts volumes de production de semences certifiées ;
- une association nationale du commerce des semences active et opérationnelle.
Somalie et Éthiopie : des progrès notables
Le rapport met en avant deux progressions entre 2023 et 2025. La Somalie passe de 1,56 à 3,01 après l'adoption d'une loi sur le SARIS et d'une loi sur les semences et les variétés végétales. Le pays a aussi installé le SARIS comme agence de régulation, augmenté ses volumes de semences produites et amélioré ses procédures d'importation.
L'Éthiopie progresse de 6,08 à 7,26. Sa directive sur l'homologation des variétés est devenue opérationnelle, avec le lancement des tests DHS. Le nombre de variétés est passé de 41 à 79 en 2025, et le pays a rejoint l'ISTA, l'association internationale d'essais de semences, ce qui renforce son contrôle qualité.
Les politiques existent, la mise en œuvre pèche
L'indicateur le plus performant est l'état des instruments nationaux de politique semencière, avec une moyenne continentale de 7,14. Presque tous les pays disposent d'une politique semencière : le défi est de l'appliquer.
Quatre pays n'ont aucun instrument de ce type : Djibouti, la RDC, la Guinée équatoriale et la Libye.
Le maillon faible : l'accès des agriculteurs aux semences certifiées
À l'inverse, l'utilisation de semences commerciales par les agriculteurs obtient le score le plus bas, avec une moyenne continentale de 3,02. La plupart des pays couvrent moins de 50 % de leurs besoins nationaux en semences certifiées, avec de fortes variations selon les cultures. La demande non satisfaite est donc généralisée.
Le rapport souligne que les associations nationales du commerce des semences sont des vecteurs importants du développement du secteur privé. Un secteur semencier robuste est fortement corrélé à une association nationale solide. Pourtant, seize pays n'en ont pas.
Les organisateurs proposent d'adopter l'ASSPI comme cadre continental de suivi des progrès des systèmes semenciers africains, et de l'institutionnaliser dans le dispositif de suivi du PDDAA. Des rapports biennaux seraient produits, et la Commission de l'UA (AUC) ainsi que l'Agence de développement de l'UA (AUDA) coordonneraient la révision et la mise à jour de l'indice.
Un regard à nuancer
L'ASSPI évalue surtout le secteur semencier formel : variétés homologuées, certification, entreprises, commerce. Or, dans la plupart des pays africains, l'essentiel des semences utilisées provient des systèmes paysans, fondés sur l'échange, la conservation et la sélection à la ferme.
Un faible score d'« utilisation de semences commerciales » ne signifie donc pas que les agriculteurs manquent de semences. Il reflète aussi la place des semences paysannes, qui échappent à cette mesure. Ce constat invite à s'interroger sur la façon dont l'indice, s'il devient la référence continentale, prendra en compte la diversité des systèmes semenciers.