Semences paysannes : l'Union africaine propose un cadre continental pour reconnaître les systèmes semenciers paysans
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Semences paysannes : l'Union africaine propose un cadre continental pour reconnaître les systèmes semenciers paysans

COASP
05 Oct 2026
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Au Sommet africain sur l'investissement dans les semences, à Eswatini, l'UA a présenté un projet de Cadre de politique sur les systèmes semenciers gérés par les agriculteurs (FMSS). Il vise à sortir ces systèmes de l'angle mort des lois semencières nationales.

Parmi les présentations du Sommet africain sur l'investissement dans les semences, organisé à Eswatini du 05 au 07 octobre 2026, l'une porte sur les semences que les agriculteurs produisent, conservent et échangent eux-mêmes :  les systèmes semenciers gérés par les agriculteurs (Farmer Managed Seed Systems, FMSS) qui s'inscrit dans l'Agenda 2063. 

Selon la présentation, les FMSS sont des systèmes dirigés par les agriculteurs et ancrés dans les communautés. Les paysans y conservent, sélectionnent, produisent, gardent, échangent et resèment des semences adaptées à leur agroécologie, à leur culture et à leur contexte local.

Ces systèmes sont la source dominante de semences en Afrique. Ils fournissent 40 % des semences des cultures commerciales comme le maïs, le soja et les légumes, et jusqu'à 100 % pour les cultures non commercialisées, dites « cultures d'opportunité ». Ces chiffres sont tirés du rapport ASSPI Africa 2025, celui-là même qui mesure la performance du secteur semencier formel.

En effet, l'UA reconnaît que les instruments existants ne sont pas adaptés. Les lois, règlements et décrets semenciers nationaux ne prévoient ni la production, ni le contrôle de qualité, ni la commercialisation de semences dans le cadre des FMSS.

Les exigences de distinction, d'homogénéité et de stabilité (DHS) et de valeur agronomique et d'utilisation (VCU) restent strictes pour promouvoir les variétés paysannes. La loi éthiopienne sur les semences (Proclamation 1288/2023) est l'une des très rares à définir ces variétés.

Les ressources génétiques sont également menacées, en particulier celles des cultures d'opportunité. Quarante-quatre des 50 pays concernés mènent des programmes de ressources phytogénétiques mais un sous-financement chronique limite la collecte, la caractérisation et la conservation de la diversité détenue dans les FMSS.

Seuls 15 pays disposent d'une banque de gènes autonome ou semi-autonome, et le SPGRC reste la seule banque de gènes régionale gérée par une communauté économique régionale. Enfin, les gardiennes de ces semences sont ignorées. Les femmes sélectionnent, conservent et font circuler les semences au sein des communautés, mais leur rôle reste largement exclu des politiques.

Des pays montrent cependant la voie : l'Érythrée, l'Éthiopie, les Seychelles, la Tanzanie, l'Ouganda (qui s'est doté d'un règlement sur les semences de qualité déclarée en 2019) et la Zambie reconnaissent et soutiennent déjà activement les FMSS.

Pour l'UA, un cadre politique sur les FMSS est nécessaire et ce cadre vise à renforcer la sécurité alimentaire et nutritionnelle par la reconnaissance, la protection et le renforcement de ces systèmes. Il fixe quatre objectifs :

  1. Environnement favorable : les États adoptent des cadres politiques et institutionnels qui reconnaissent, protègent et renforcent les FMSS.
  2. Ressources génétiques : collecte, caractérisation, conservation et utilisation de ces ressources par les banques de semences communautaires, les organisations paysannes et les banques de gènes nationales.
  3. Investissement : hausse des investissements publics et privés dans la recherche, les infrastructures et le renforcement des capacités.
  4. Partenariat : collaboration renforcée entre gouvernements, communautés agricoles, institutions de recherche, acteurs non étatiques, secteur privé et partenaires au développement.

Six principes directeurs l'encadrent : une approche centrée sur les agriculteurs et portée par les communautés, la complémentarité avec le système formel, la collaboration et les synergies, la redevabilité mutuelle, des approches adaptées aux contextes et l'alignement sur les engagements internationaux.

Le cadre se veut cohérent avec la Déclaration de Kampala sur le PDDAA (stratégie et plan d'action 2026-2035), avec le Traité international sur les ressources phytogénétiques (FAO-TIRPAA), avec la Convention sur la diversité biologique, avec le Protocole de Nagoya et avec la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans (UNDROP).

L'UA souhaite aussi que l'agenda semencier réponde à des enjeux plus larges des systèmes alimentaires : l'écart de rendement, l'autonomisation des femmes et des jeunes, et les cultures d'opportunité.

La présentation formule six demandes :

  • Endosser le cadre comme référence continentale pour reconnaître, protéger et renforcer les systèmes semenciers gérés par les agriculteurs ;
  • L'ancrer dans la Plateforme du programme africain des semences et de biotechnologie (ASBPP), avec un suivi et des rapports périodiques ;
  • Appeler les États membres à reconnaître le droit des agriculteurs de conserver, d'utiliser et d'échanger les semences, à créer une classe de semences de variétés paysannes et à réglementer les semences de qualité déclarée ;
  • Appeler les communautés économiques régionales à coordonner la mise en œuvre, y compris la gestion régionale des ressources génétiques végétales ;
  • Mandater l'ASBPP pour élaborer un cadre de résultats, aligner l'indicateur FMSS de l'ASSPI et rendre compte chaque année au STC ;
  • Mobiliser des investissements publics, privés et de partenaires pour les infrastructures, la recherche et les capacités liées aux FMSS.

Et après l'endossement, un plan d'appropriation nationale est prévu, en six axes :

  • Intégrer la politique dans le droit national : droits des agriculteurs, classe de semences de variétés paysannes et règles adaptées pour les semences de qualité déclarée ;
  • Assurance qualité communautaire : des systèmes participatifs et simplifiés, qui complètent les normes nationales, préservent la diversité et reconnaissent la qualité définie par les agriculteurs ;
  • Renforcer les institutions de ressources génétiques : financer les banques de gènes nationales, les relier aux banques de semences communautaires et développer leurs capacités ;
  • Investir dans les infrastructures et la distribution : production, traitement, séchage, stockage, conditionnement, tests, et distribution du dernier kilomètre avec le secteur privé et les acteurs non étatiques ;
  • Collaborer et partager les connaissances : sélection végétale participative, partage des réussites, articulation des savoirs scientifiques, autochtones et paysans ;
  • Suivre et rendre compte : cadre de résultats piloté par l'ASBPP, alignement de l'ASSPI sur les réalités des FMSS, rapports annuels au STC et dispositifs nationaux de suivi.

Pour les organisations paysannes et les défenseurs de la souveraineté semencière, ce cadre marque une reconnaissance institutionnelle notable. Il admet que les lois actuelles ont été construites pour le secteur formel, et que les agriculteurs ont le droit de conserver, d'utiliser et d'échanger leurs semences.

Il s'agit toutefois, à ce stade, d'une demande d'endossement : tout dépendra de la décision du STC puis de la traduction du cadre dans les lois nationales et des financements qui suivront.