ONU : l'IA utilisera autant d'eau que 1,3 milliards de personnes d'ici 2030
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ONU : l'IA utilisera autant d'eau que 1,3 milliards de personnes d'ici 2030

COASP
15 Jun 2026
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On l'interroge d'un clic, elle répond en une fraction de seconde. Pourtant, derrière chaque requête adressée à un assistant conversationnel se dissimule une réalité bien physique : des serveurs surchauffés, des tours de refroidissement qui évaporent des millions de litres d'eau, des centrales qui tournent à plein régime. L'intelligence artificielle n'est pas virtuelle. Elle boit, elle brûle, elle occupe de l'espace.

C'est le constat sans appel que dresse l'Institut pour l'eau, l'environnement et la santé de l'Université des Nations Unies (UNU-INWEH) dans un rapport publié le 3 juin 2026 : le premier bilan environnemental mondial jamais consacré à l'IA et aux centres de données à l'échelle planétaire. 

Les chiffres avancés par les experts onusiens sont suffisamment vertigineux pour sortir le débat technologique de sa tour d'ivoire.

En 2025, les centres de données de la planète ont consommé 448 térawattheures (TWh) d'électricité, un niveau qui les place au onzième rang mondial des consommateurs d'énergie devant la majorité des États membres de l'ONU. Si ces infrastructures constituaient un pays, elles se classeraient sixième dans le classement mondial des plus grands consommateurs d'électricité.

D'ici 2030, la trajectoire s'emballe. La consommation électrique des data centers devrait atteindre entre 935 et 945 TWh par an, soit près de 3 % de la consommation mondiale d'électricité. En termes concrets, cela représente davantage que la consommation annuelle combinée du Pakistan, du Bangladesh et du Nigéria.

Trois pays qui rassemblent plus de 650 millions d'habitants.

L'intelligence artificielle est le principal moteur de cette explosion. Elle pèse aujourd'hui environ 20 % de la consommation énergétique des data centers ; cette part devrait grimper à 40 % d'ici 2030, portée par la multiplication des modèles de langage, des outils génératifs et des usages grand public.

Si l'énergie monopolise souvent l'attention, la consommation d'eau constitue peut-être le signal d'alarme le plus préoccupant du rapport. Les centres de données utilisent des systèmes de refroidissement à évaporation, des tours qui aspirent d'immenses quantités d'eau douce, laquelle se dissipe ensuite dans l'atmosphère sans retour possible vers les nappes phréatiques ni les cours d'eau.

En 2025, ces infrastructures auraient utilisé 4 500 milliards de litres d'eau , de quoi satisfaire les besoins de plus de 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne. À l'horizon 2030, cette consommation pourrait atteindre 9,3 trillions de litres, l'équivalent des besoins domestiques annuels de 1,3 milliard de personnes sur la planète.

Le rapport souligne également une réalité souvent ignorée : le volume d'eau nécessaire varie considérablement selon les pays producteurs d'électricité. Aux États-Unis, chaque kilowattheure requiert 5 litres d'eau ; en France, 7 litres ; au Brésil, ce chiffre monte à 29 litres. Autant de variables qui rendent l'empreinte hydrique de l'IA particulièrement difficile à évaluer et à maîtriser.

Face à ce tableau, le professeur Kaveh Madani, directeur de l'UNU-INWEH, appelle à une gouvernance urgente et cohérente de la technologie. « Il ne s'agit pas de rejeter l'intelligence artificielle, précise-t-il, mais de la développer en respectant les limites de notre planète. »

Le rapport reconnaît d'ailleurs le potentiel considérable de l'IA dans des domaines aussi essentiels que la santé, la transition énergétique ou la recherche climatique. Mais il insiste : ces bénéfices ne sauraient justifier une croissance débridée et non régulée de son empreinte matérielle.

Consultez l'étude ici : https://unu.edu/inweh/collection/environmental-cost-of-AIs-Enrgy-Use-Carbon-water-and-land-footprints