Le boom biotech africain menace-t-il la souveraineté génétique du continent ?
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Le boom biotech africain menace-t-il la souveraineté génétique du continent ?

COASP
13 Jul 2026
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En effet, portée par l’essor de la génomique, des biopharmaceutiques et le développement des capacités locales de séquençage, l’industrie biotechnologique africaine pourrait presque doubler de taille d’ici la fin de la décennie.

C'est ce que révéle le Rapport économique sur l'Afrique 2026 publié par la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (CEA-ONU) passant de 73,4 milliards de dollars en 2022 à 138,2 milliards en 2030 , une croissance annuelle moyenne de 8,2 %.

Dans son étude Growth through innovation : Harnessing data and frontier technologies for Africa's economic transformation, l'institution onusienne range la biotechnologie parmi les technologies de pointe aux côtés de l'intelligence artificielle et de la blockchain capables de transformer en profondeur les économies du continent.

Cette dynamique locale s'inscrit dans un mouvement mondial : le marché planétaire de la biotech évalué à environ 1 600 milliards de dollars en 2023 devrait grimper à 3 900 milliards d'ici 2030 tiré par les progrès du séquençage génétique, la médecine personnalisée et la hausse des besoins en traitements des maladies chroniques.

Les biopharmaceutiques en tête

En Afrique, les biopharmaceutiques dominent largement le secteur avec 42 % du marché, devant la bioindustrie (24 %), la bioagriculture (21 %), les bioservices (7 %) et la bioinformatique (6 %). En 2023, plus de 500 millions de dollars ont été injectés dans ce domaine preuve de l'intérêt grandissant des investisseurs pour les sciences du vivant sur le continent.

Le séquençage génomique change d'échelle

La pandémie de Covid-19 a servi d'accélérateur. Avant 2019, seuls sept pays africains disposaient d'une capacité nationale de séquençage de nouvelle génération. Ils étaient 31 en 2022 et plus de la moitié du continent en 2024.

Les coûts, eux, se sont effondrés. Séquencer un génome humain complet demandait plus de dix ans de travail et 2,7 milliards de dollars au début des années 2000 ; l'opération se fait aujourd'hui en quelques heures pour 500 à 600 dollars.

Résultat : selon l'Africa CDC, plus de 120 000 génomes du SARS-CoV-2 ont pu être séquencés dans 53 pays africains, contre moins de 5 000 au début de l'année 2020.

Deux exemples illustrent cette montée en compétence. Au Kenya, le centre de recherche KEMRI à Kilifi, est passé d'environ 300 séquences annuelles avant la pandémie à plus de 8 000 génomes analysés pendant la crise sanitaire. En Afrique du Sud, le réseau national de surveillance a séquencé plus de 44 700 génomes, contribuant à repérer des variants comme Beta et Omicron, des données qui ont ensuite orienté les politiques sanitaires du pays et nourri les bases de données utilisées par les chercheurs du monde entier.

Risques sur le patrimoine génétique africian

Toutefois, toute cette croissance rapide n'est pas sans zones d'ombre. En l'absence de cadres réglementaires harmonisés à l'échelle continentale, le développement accéléré de la biotechnologie fait planer le risque d'une exploitation déséquilibrée des ressources génétiques africaines : collecte de données biologiques, de plantes ou de matériel génétique humain par des acteurs étrangers, sans retombées équitables pour les populations et les communautés qui en sont les dépositaires, un phénomène que les spécialistes qualifient de biopiraterie.

À cela s'ajoutent des interrogations sur la souveraineté des données génomiques souvent hébergées ou traitées hors du continent ainsi que sur la capacité des États à encadrer la propriété intellectuelle et le partage des bénéfices issus de la recherche.

Le secteur agricole n'échappe pas à ces tensions : l'essor de la bioagriculture soulève des questions de biosécurité et de préservation de la biodiversité locale notamment face à l'introduction d'organismes génétiquement modifiés dans des écosystèmes fragiles.

Sans une gouvernance solide, une réglementation bioéthique adaptée et une réelle appropriation locale des technologies, l'Afrique risque de voir son immense richesse biologique valorisée ailleurs au bénéfice d'intérêts extérieurs plutôt que de son propre développement.