La plante Iboga ne vous appartient pas : le Gabon déclare la guerre à la biopiraterie
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La plante Iboga ne vous appartient pas : le Gabon déclare la guerre à la biopiraterie

COASP
15 Jun 2026
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Après des décennies de vide juridique et d'exploitation peu ou mal encadrée, le Gabon vient de franchir un pas décisif dans la protection de l'un de ses patrimoines les plus précieux : l'iboga. Par un décret signé le 22 mai 2026, le gouvernement soumet désormais toute activité liée à cette plante à une autorisation préalable délivrée par le ministère en charge de la Culture, sous peine de sanctions.

L'iboga (Tabernanthe iboga) est bien plus qu'un simple arbuste des forêts équatoriales du bassin du Congo. Depuis des siècles, il est au cœur des pratiques spirituelles et initiatiques du Bwiti, tradition ancestrale pratiquée par plusieurs peuples du Gabon. Réduite en poudre à partir de sa racine, la plante produit un puissant effet hallucinogène utilisé dans des cérémonies de passage et de guérison.

Mais c'est son principal alcaloïde, l'ibogaïne, qui a progressivement attiré l'attention de la médecine occidentale. Des études universitaires ont démontré son efficacité potentielle dans le traitement des addictions sévères notamment aux opioïdes ainsi que dans la prise en charge du stress post-traumatique et de certaines maladies neurodégénératives.

L'intérêt est tel que l'État du Texas vient d'allouer 50 millions de dollars à des essais cliniques sur la molécule sans que le Gabon, pays d'origine n'ait été consulté ni associé.

Face à ces convoitises grandissantes, le gouvernement gabonais a décidé de reprendre la main. Dans un communiqué diffusé le 8 juin 2026, le ministère de la Jeunesse, des Sports, du Rayonnement culturel et des Arts a précisé les contours du nouveau dispositif : désormais, toute activité relative à l'iboga notamment l'accès à la ressource, utilisation, transformation, recherche, commercialisation est soumise à une autorisation délivrée après avis conforme d'une commission technique interministérielle.

Le périmètre de cette réglementation est volontairement large. Elle s'applique aussi bien aux personnes physiques qu'aux personnes morales, gabonaises ou étrangères. Elle couvre également les activités menées hors des frontières nationales, dès lors qu'elles impliquent l'iboga ou les savoirs traditionnels gabonais qui lui sont associés.

En clair : une entreprise pharmaceutique à New York ou un chercheur à Paris qui travaillerait sur l'ibogaïne sans autorisation du gouvernement gabonais tomberait sous le coup de cette réglementation.

Cette décision s'inscrit dans un contexte de mobilisation croissante contre ce que des ONG et experts qualifient de biopiraterie. Le terme désigne l'appropriation, par des acteurs étrangers  souvent issus de pays du Nord , de ressources biologiques ou de savoirs traditionnels issus de pays du Sud sans consentement préalable ni retombées financières pour les communautés concernées.

Les autorités gabonaises reconnaissent elles-mêmes que la situation antérieure était insatisfaisante. Des années de faiblesse réglementaire ont permis à de nombreux acteurs de s'approprier des savoirs liés à l'iboga sans aucune contrepartie pour les communautés qui en sont les gardiennes. Le nouveau cadre vise à y mettre fin en affirmant que la protection du caractère sacré de la plante et des droits des communautés autochtones est désormais une priorité d'État.

Le gouvernement invite tous les acteurs concernés à se rapprocher sans délai de ses services pour régulariser leur situation. Tout manquement expose les contrevenants aux sanctions prévues par la réglementation.

Sources : Gabonreview, Gabonmediatime, RTBF