La rencontre réunissait Guy Kastler (Confédération paysanne / Coordination européenne Via Campesina), Alessandra Turco (Associazione Rurale Italiana / Coordination européenne Via Campesina) et Irina Vekcha, professeure à l'École Nationale Supérieure d'Agriculture de Thiès au Sénégal et plus d'une cinquantaine de participants , acteurs du monde agricole.
En effet, les paysans sont les premiers concernés car ce sont eux qui perdent le contrôle de leurs semences quand elles sont brevetées. Mais ils ne peuvent pas gagner seuls ce rapport de force face à des multinationales. Les consommateurs apportent ce qui manque souvent aux organisations paysannes.
- Le nombre. Tout le monde mange. Quand les consommateurs s’expriment, le sujet quitte le cercle des spécialistes et devient un débat de société.
- Le pouvoir d’achat. Ce que les consommateurs acceptent ou refusent d’acheter influence les choix des distributeurs, des transformateurs et des décideurs.
- La légitimité. Une revendication portée à la fois par ceux qui produisent et par ceux qui consomment est beaucoup plus difficile à écarter que celle d’un seul secteur.
Laissés à l’écart, les consommateurs ignorent souvent ce qu’il y a dans leur assiette et ne voient pas le lien entre le brevetage des semences et leur propre alimentation. Ce silence profite à ceux qui veulent imposer ces technologies.
" La souveraineté alimentaire ne sera atteint que par la préservation des systèmes semenciers paysans. Il faut donc travailler à mettre en place un mouvement qui englobe tous les acteurs, les gariculteurs, les décideurs, les jeunes et surtout les consommateurs afin de faire front " résuma Ali Tapsoba, membre de la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN)
Pour appuyer cette recommandation, Alessandra Turco a rappelé une lutte menée avec succès en Italie, où les consommateurs ont largement contribué à tenir les OGM à distance.
La culture et les essais en plein champ d'OGM sont effectivement interdits en Italie depuis 2001, grâce à une forte mobilisation des organisations paysannes et de la société civile depuis les années 1980. Ce n'est donc pas un décret tombé du ciel, mais le fruit de décennies de travail de terrain.
" Les consommateurs y ont joué un rôle clé. Les associations réunies dans la Task Force pour une Italie libre d'OGM ont invité les citoyens à faire entendre leur voix, en les informant des risques pour les produits typiques, la biodiversité et l'ensemble du secteur agricole italien. Des volontaires ont tenu des stands sur les marchés locaux, distribué des documents d'information et mené de courts sondages auprès des consommateurs. La mobilisation s'est étendue à de nombreuses villes, de Milan à Palerme." confia-t-elle
Pour conclure, informer les consommateurs, les inviter à s'interroger sur ce qu'il y a dans leur assiette, leur donner le droit de savoir grâce à l'étiquetage et les associer aux alliances citoyennes sont des leviers essentiels.
Tant que ceux qui achètent et mangent les aliments restent à l'écart du débat, les multinationales ont les coudées franches. Quand les consommateurs se mobilisent aux côtés des paysans, comme en Italie, le rapport de force change.