À l’occasion de la 6ᵉ édition de la Foire des Semences Paysannes de l’Afrique centrale, tenue à Essé, une commune du Cameroun, le panel inaugural a donné le ton d’un débat stratégique sur la gouvernance locale des systèmes semenciers paysans (SSP).
Placé sous le thème : « Implication des institutions locales dans la promotion des systèmes semenciers paysans : regard croisé des expériences de l’Afrique de l’Ouest, de l’Est et du Centre », cet échange a mis en lumière un paradoxe préoccupant : les communes, pourtant en première ligne du développement territorial, restent parfois en marge des cadres juridiques et politiques encadrant les semences paysannes.
Animé par Raphaël Meigno d’INADES-Formation, le panel réunissait des profils complémentaires : Mme Nago Lindje, maire de Messondo, Sa Majesté François Mbesse, autorité traditionnelle, et Hortense Dolores de lau CNOP Congo. À travers leurs interventions croisées, les panélistes ont dressé un diagnostic sans complaisance des défis institutionnels qui freinent l’appropriation locale des SSP.
Un constat majeur s’est imposé : de nombreuses mairies ignorent encore les lois et engagements pris par leurs États, tant au niveau national qu’international, en matière de protection et de promotion des ressources phytogénétiques pour l'agriculture et l'alimentation (RPGAA). Cette méconnaissance limite la capacité des collectivités à intégrer les SSP dans leurs plans communaux de développement, leurs budgets ou leurs stratégies agricoles.
Pour les intervenants, la réponse passe par un changement de paradigme : considérer les cases communautaires de semences et les SSP non comme des initiatives marginales, mais comme de véritables outils de développement économique, social et culturel. Les maires, ont-ils rappelé, ne sont « ni omniprésents ni omniscients ». Ils doivent être informés, formés et accompagnés pour saisir l’enjeu stratégique que représentent les semences paysannes dans la résilience climatique, la sécurité alimentaire et l’identité territoriale.
Au terme des échanges, trois résolutions structurantes ont été formulées :
● Informer systématiquement les élus locaux sur les cadres juridiques nationaux et internationaux relatifs aux Semences et aux RPGAA en général ;
● Intéresser les communes en démontrant l’impact concret des cases de semences sur l’économie locale et la cohésion communautaire ;
● Sensibiliser et outiller les décideurs municipaux afin qu’ils intègrent les SSP dans leurs politiques publiques et leurs instruments budgétaires.
La consolidation des systèmes semenciers paysans passe désormais par une gouvernance locale éclairée, proactive et juridiquement consciente de ses leviers d’action.