Il y a des produits que l'Europe a bannis depuis des décennies. Des substances dont les étiquettes portent des têtes de mort, dont l'usage est interdit en Amérique du Nord, en Asie, dans une grande partie du monde. Ces produits-là, on les retrouve pourtant dans les marchés ruraux du Sénégal, du Burkina Faso, de la Guinée et du Bénin. Parfois conditionnés dans des jerricans anonymes. Parfois revendus à la sauvette. Souvent pulvérisés sans gants, sans masque, sous un soleil de plomb.
C'est pour mettre fin à cette réalité silencieuse que Pesticide Action Network (PAN) Africa a officiellement lancé lundi 18 mai à Dakar un projet régional doté d'un budget de 800 000 dollars ( près de 450 millions de francs CFA ) sur trois ans et cible 4 pays ( Sénégal, Burkina, Guinée et Bénin ).
La coordonnatrice de PAN Africa, Ndèye Maïmouna Diène, ne mâche pas ses mots : des pesticides frappés d'interdiction dans d'autres régions du globe continuent de transiter vers l'Afrique de l'Ouest, profitant de contrôles frontaliers insuffisants. « Il peut y avoir un défaut de contrôle des frontières », a-t-elle alerté, désignant ainsi une faille structurelle que les États peinent à colmater faute de moyens et de coordination.
Le constat est d'autant plus alarmant que ces substances ne discriminent pas. Elles contaminent les sols, s'infiltrent dans les nappes phréatiques, s'accumulent dans les organismes. Et parmi les victimes les plus exposées figurent les enfants, comme l'a rappelé Baba Dramé, directeur chargé de la réglementation au ministère sénégalais de l'Environnement. « Certains pesticides comportent des risques considérables pour la santé humaine, les écosystèmes et la biodiversité », a-t-il insisté, appelant à un renforcement de la coopération entre États.
Face à ce tableau sombre, le projet porté par PAN Africa ne se contente pas de dénoncer. Il propose. Biofertilisants, biopesticides, pratiques agroécologiques : l'ambition est de doter les agriculteurs d'outils alternatifs viables, économiquement accessibles et sans danger pour leur santé ni pour l'environnement.
Trois ans de formation, de plaidoyer et de certification sont prévus à destination des producteurs des quatre pays bénéficiaires. Les décideurs politiques seront également sensibilisés, et les services de contrôle de douanes en tête renforcés dans leurs capacités d'intervention.
L'enjeu dépasse donc la seule santé des agriculteurs.
Modou Guèye Seck, directeur du financement et des partenariats au ministère sénégalais de l'Agriculture, a rappelé ce qui est véritablement en jeu : la pérennité des terres cultivables et la préservation des ressources en eau.
« L'élimination progressive des pesticides hautement dangereux contribuera à la préservation des terres destinées à l'agriculture et à la protection des ressources hydriques », a-t-il affirmé, plaidant pour une collaboration renforcée entre douanes, agriculture, environnement, santé et commerce.
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